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Actualité sur l’artérite virale équine

Eric GLINGANI (1) et Christel MARCILLAUD-PITEL (2)

Les virus de l’artérite virale équine isolés ces dernières années en France sur des spermes d’étalons ne présentaient pas ou peu de pouvoir pathogène. Si la situation épidémiologique était relativement bien décrite et la surveillance sérologique structurée chez le pur sang et pour la semence d’autre race exportée, la grande majorité des autres Stud Book n’avait pas mis en place de protocole standardisé de suivi. D’autre part, bien que l’artérite virale équine ait vu sa situation évoluer du statut de maladie non réglementée à celui de Maladie à Déclaration Obligatoire (MDO), ce changement ne s’est pas accompagné de mesure de police sanitaire d’état. Le suivi et la prise de décision ont été reportés sur les organisations professionnelles.

Chronologie de l’épisode 2007

La première détection du virus par des analyses biologiques a été observée le 25 juin 2007 au laboratoire Frank Duncombe (LDFD) par la mise en évidence concomitante de signaux de PCR positifs sur des prélèvements respiratoires de chevaux de selle, adressés pour analyses complémentaires de déclaration SRA (syndrome respiratoire aigu) pour le RESPE dans un haras, et sur les organes d’un étalon percheron autopsié à l’AFSSA de Dozulé. Compte tenu du caractère réglementaire de cette maladie (MDO) les autorités sanitaires des départements concernés ainsi que la DGAl ont été avertis ainsi que les vétérinaires traitants. La souche virale a été isolée 48 heures plus tard et typée le 28 juin 2007. L’analyse phylogénétique, réalisée par le laboratoire Frank Duncombe*, montre que cette souche appartient au Type Européen, sous type 2.

Epidémiologie

En date du 15 septembre les enquêtes épidémiologiques, menées par le RESPE en partenariat avec les professionnels de la filière (vétérinaire, éleveurs, Haras Nationaux et laboratoires), ont permis de déterminer avec certitude des foyers d’artérite virale dans les 5 départements normands : Eure (9 foyers) ; Seine Maritime (3 foyers) ; Calvados (4 foyers) ; Manche (6 foyers)  et Orne (8 foyers). Sur l’ensemble de l’épisode, seules des races lourdes et des chevaux de selles ont été touchés. Les premiers foyers ont été observés en élevages puis dans des structures mixtes élevage/compétition après le retour de juments suitées dans ces structures. Les contaminations ont eu lieu par voie sexuelle (vénérienne ou insémination artificielle), par voie respiratoire, mais aussi très probablement, dans un cas par voie indirecte (vecteur humain). Des enquêtes menées par le RESPE ont pu montrer qu’il existe des liens épidémiologiques identifiés entre tous les foyers (figures 2 et 3). Le dernier animal symptomatique identifié datait du 5 août 2007. Au 30 septembre (plus d’un mois et demi après le dernier animal clinique), il est raisonnable de considérer la crise estivale comme close.

Symptômes

Juments, poulains et étalons ont été touchés avec des symptômes variés déjà décrits dans la plupart des rapports internationaux mentionnant des épisodes cliniques d’artérite virale. Ainsi ont pu être observés des avortements et des naissances prématurées. Chez les poulains, des cas mortels ont été observés chez des jeunes de moins d’une semaine nés prématurément et présentant oedèmes, hyperthermie et pneumonie. Ces poulains sont en général issus de contamination en fin de gestation in utero avec naissance d’animaux infectés.

Chez les poulains plus âgés, des symptômes respiratoires légers ont été notés ainsi que de l’hyperthermie marquée (jusqu’à 40,5°C) et des oedèmes (fourreau, salières et membres). Deux cas de mortalité ont été rapportés dans cette classe d’âge. Chez les males adultes, outres les oedèmes de la sphère ORL (associés ponctuellement à des conjonctivites et des jetages séreux discrets) et l’hyperthermie, des oedèmes du fourreau et des orchites ont été observés ainsi que l’excrétion du virus dans le sperme. Des cas présentant des éruptions cutanées de type urticaire post hyperthermique ont aussi été identifiés dans certains foyers. Cependant des cas avérés d’infection quasiment asymptomatiques ont également pu être répertoriés. L’excrétion asymptomatique par les étalons (et les futurs étalons) infectés au cours de cet épisode constitue un des risques majeurs de perpétuation de l’infection dans les mois qui suivent cette épizootie.

Aspects réglementaires et rôle du RESPE

Compte tenu du caractère de MDO de cette maladie, la gestion sanitaire est reportée sur les professionnels de la filière équine. La mobilisation des uns et des autres a conduit à l’arrêt des rassemblements d’élevage de chevaux en Normandie au cours des mois de juillet et août. Des sites retenus pour certaines manifestations ont également été fermés. La plupart des personnes concernées par les foyers ont accepté de ne pas déplacer d’animaux, même cliniquement sains, de leur effectif. En dehors de la Normandie les manifestations ont été maintenues avec instauration de contrôles sanitaires, +/- associés à des analyses sérologiques. Cette situation a été suivie et le risque estimé chaque semaine en fonction de l’évolution des foyers par un comité de suivi national, et un autre local (normand), rassemblant les principaux acteurs de la filière dont le RESPE. Il est vraisemblable que dans l’avenir la réglementation sur les contrôles sanitaires imposés lors d’insémination soit renforcée. Cette mesure sans conduire à une protection totale permettrait de limiter la dissémination de l’infection par la semence d’étalons excréteurs asymptomatiques. Cet épisode relance aussi la discussion sur l’intérêt de la vaccination des étalons séronégatifs.

Enfin cet épisode « Artérite Virale » témoigne de la nécessité d’une politique sanitaire concertée entre les différents acteurs de la filière équine tout en tenant compte des contraintes et des moyens financiers qui peuvent être différents. Cette crise a également montré que la filière équine avait les capacités de gérer un tel phénomène même si sensibilisation, circulation de l’information et qualité de la collecte d’information sont toujours perfectibles. Dans ce contexte l’existence d’un réseau d’épidémio-surveillance structuré (RESPE) représente un atout. Ainsi, dès début juillet, il a été décidé en collaboration avec les laboratoires partenaires d’inclure systématique la recherche de l’artérite virale en systématique dans les protocoles de surveillance du syndrome respiratoire aigu.

Le RESPE a permis la diffusion rapide et vérifiée de l’information. Par la mobilisation de ses vétérinaires sentinelles et la réalisation d’enquêtes épidémiologiques sur le terrain, le RESPE a pu centraliser et diffuser une information sanitaire de qualité et s’est imposé comme une, voire la source d’information pour les professionnels.

* avec l’aide financière de France Galop.

Pour en savoir plus :

- Zhang JQ*, Miszczak F*, Pronost S, Fortier C, Balasuriya U.B.R, Zientara S, Fortier G, Timoney P.J. Genetic variation and phylogenetic analysis of 22 French isolates of equine arteritis virus. Arch Virol. 2007 Aug 6.

- MacLachlan NJ, Balasuriya UB.Adv Exp Med Biol. 2006;581:429-33. Review

- Del Piero. Equine viral arteritis. Vet Pathol. 2000 Jul;37(4):287-96. Review.

(1) Cabinet vétérinaire WGB de Gaillon
(2) RESPE