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Bulletin du RESPE n° 25

Edito

Stéphane CHAFFAUX (1)

Lors de ses réunions, les 27 juin et 24 septembre 2008, le Conseil Scientifique et Technique du RESPE a proposé la mise en place du collège avortement pour la conception et le pilotage d’un « sous réseau Avortement ».

Son président, mon ami et ancien collègue, le docteur François Valon, m’a demandé d’animer ce collège, ce que j’ai accepté avec plaisir.

Nous avons avec les membres de ce collège défini les objectifs et les outils diagnostiques. L’ensemble a été adopté lors du Conseil d’administration et de l’assemblée générale du RESPE, le 20 novembre dernier.

La surveillance épidémiologique des avortements nous paraît d’une importance capitale pour l’élevage équin, principalement dans le contexte socioéconomique actuel. Une enquête conduite par le réseau REFErences www.inst-elevage.asso.fr/html1/spip.php?page=article_espace&id_espace=93..., associant l’Institut de l’élevage et les Haras nationaux, parmi un échantillon d’élevages répartis sur l’ensemble du territoire français et dont les résultats viennent d’être présentés, conforte cette opinion et justifie pleinement ce travail.

En effet, cette enquête fait ressortir, que les élevages équins, de sport comme de trait, ne dégagent en moyenne, qu’un très faible excédent brut d’exploitation. Pour de très nombreux élevages ce bilan est même négatif, parfois de façon importante ! Ces « pauvres » résultats s’expliquent, en grande partie, par une production numérique, par jument mise à la reproduction, qui demeure faible. Elle est de 67% pour les chevaux de selle, 70% pour les poneys et 68% pour les chevaux lourds. Les taux de gestation sont « acceptables » (respectivement : 79, 79 et 88 %) et ont été améliorés progressivement au cours des vingt dernières années par la mise en place des suivis « gynécologiques » et le développement de l’échographie. Mais ces résultats sont malheureusement « détériorés » par des taux d’avortement importants (respectivement 8, 7 et 7%), ainsi que par des taux de mortalité néonatale élevés (respectivement 4, 2 et 13%) Les deux tiers de la mortalité des poulains lourds surviennent dans les 48 premières heures de leur vie, ce qui peut être la conséquence directe d’une pathologie de la gestation. Des taux similaires sont rapportés par les enquêtes conduites à l’étranger. Par ailleurs, ces résultats ne semblent malheureusement pas s’améliorer avec le temps. L’augmentation de la productivité numérique de la Jument passe donc principalement par une diminution de ces pertes durant la gestation et les premiers jours de la vie, l’augmentation du taux de gestation ne pouvant être obtenue maintenant que de façon très marginale.

Comme le montre le bilan des causes d’avortement établi par le docteur Jackie Tapprest, à partir des foetus autopsiés à l’AFSSA Dozulé, l’étiologie infectieuse d’origine bactérienne est majoritaire. Les bactéries les plus régulièrement en cause sont peu ou pas contagieuses.

En revanche, les infections virales identifiées (virus de la rhinopneumonie et de l’artérite équine) sont potentiellement très contagieuses et par conséquence peuvent entraîner des pertes économiques majeures pour la filière.

Cette situation normande semble identique à celle décrite dans d’autres pays et paraît actuellement, comme le démontre le bilan présenté ici, n’évoluer que faiblement dans la durée.

Le premier objectif que s’est fixé le sous réseau est la surveillance des avortements infectieux contagieux de la Jument d’importance sanitaire, économique et/ou zoonotique déjà présents en France : la Rhinopneumonie [EHV1,EHV4], l’Artérite virale et la Leptospirose, zoonose et considérée comme maladie émergente chez le Cheval. Il complète pour la surveillance de ces deux virus, les sous réseaux « Syndrome Respiratoire Aigu » et « Syndrome nerveux ».

La recherche des 3 agents pathogènes lors d’avortements est prise en charge par le RESPE.

Ainsi l’incidence et la répartition géographique sur le territoire national, de ces trois infections abortives, seront évaluées. Par ailleurs, la récolte de ces informations épidémiologiques et cliniques précisera certains facteurs de risque de ces pathologies. L’ensemble de ces données sera une aide déterminante pour la gestion des crises et pour la prise de décision, en cas d’épizootie.

De plus, selon son diagnostic clinique et en respectant les règles d’autopsie, de prélèvements et d’expédition rappelées dans ce bulletin par le docteur Claire Laugier, le praticien pourra en complément, demander d’autres examens de laboratoire, non pris en charge par le RESPE.

Le collège a souhaité que le sous réseau « Avortement » soit testé dans le cadre d’une étude de faisabilité dès le début janvier 2009. Pour cela un protocole définissant les objectifs, les critères d’inclusion, les techniques de laboratoires mises en oeuvre et la conduite à tenir pour la réalisation des prélèvements et leur expédition, d’une part et deux fiches de déclaration d’autre part, sont à la disposition des vétérinaires sentinelles.

La présentation de cette initiative sera faite lors de la 9ème Journée européenne de l’AVEF, « Actualités en Reproduction chez le Cheval », qui se déroulera le samedi 7 février 2009, à Roissy.
Nous serons présents à cette réunion pour répondre à vos questions et recevoir vos remarques et commentaires concernant la mise en place de ce nouveau sous réseau.

Je vous prie de recevoir mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année. Qu’elle soit enrichissante, sur le plan professionnel - et je pense qu’une initiative telle que celle que je viens de vous présenter est apte à l’enrichir -, comme personnel ! 

(1) INRA