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Bulletin du RESPE n° 26

Edito : Les maladies à transmission vectorielle, un nouvel enjeu pour le RESPE

Barbara DUFOUR (1)

L’importante épidémie de chikungunya à la Réunion en 2005 et l’incroyable épizootie de fièvre catarrhale ovine qui sévit dans toute l’Europe depuis 2006 ont porté les maladies à transmission vectorielle au sommet de l’actualité.

Toutes ces maladies impliquent l’intervention d’arthropodes le plus souvent hématophages. Il faut reconnaître que si les maladies à transmission vectorielle ne sont pas nouvelles en France et qu’elles touchent toutes les espèces, leur importance et/ou leur extension géographique ne cesse d’évoluer.

Cette évolution est fréquemment attribuée au réchauffement climatique qui permettrait aux arthropodes piqueurs de se développer et de coloniser des aires géographiques nouvelles.

Force est de constater que le virus de la fièvre catarrhale ovine a su s’adapter à des espèces de culicoïdes autochtones dans le Nord de l’Europe et que l’épizootie de BTV8 a été le résultat de l’introduction du virus plutôt que celui de l’invasion par l’insecte vecteur traditionnel (Culicoides imicola). Le développement des maladies à transmission vectorielle est donc sans nul doute, d’origine multifactorielle. A l’instar de la réémergence de l’ensemble des maladies infectieuses, il faut incriminer plusieurs facteurs de risques concomitants parmi lesquels, le réchauffement climatique modifiant la répartition des réservoirs sauvages et des vecteurs, et surtout peut être la mondialisation des échanges impliquant des risques permanents d’introduction de nouveaux agents pathogènes ou de nouveaux vecteurs (ainsi Aedes albopictus, vecteur de la dengue et du chikungunya, a été introduit par le trafic de vieux pneus dans des zones nouvelles dont l’Europe du sud) sont des facteurs de risque majeurs d’apparition de nouvelles maladies à transmission vectorielle en Europe.

Les chevaux peuvent payer un lourd tribut à ces maladies. Rappelons simplement que l’épizootie à virus West Nile, qui est apparue en 1999 sur le territoire américain, s’est étendue à l’ensemble du territoire et a provoqué plus de 24 000 cas équins. En France, cette maladie a fait de régulières apparitions dans le sud depuis 2000 et plus d’une centaine de cas équins ont été identifiés. Mais des maladies à transmission vectorielles historiquement indigènes peuvent également de temps en temps, se rappeler à nous de façon dramatique pour les animaux malades et de manière quelque fois handicapante pour l’activité sportive des chevaux. Ce fut le cas récemment pour l’anémie infectieuse des équidés dans les départements du Var et de l’Ardèche.

Enfin, la remarquable adaptation des culicoïdes locaux à l’orbivirus responsable de la FCO en Europe du Nord peut nous faire redouter l’apparition de la peste équine sur notre territoire. En effet, nos espèces indigènes de culicoïdes pourraient probablement également s’adapter aux différents sérotypes du virus de la peste équine en cas d’introduction de cet agent pathogène. La catastrophe serait alors considérable et il convient de rester extrêmement vigilent face à ce risque dont la probabilité de survenue ne peut être estimée précisément.

Face à ces différentes menaces, la surveillance épidémiologique des effectifs équins prend une dimension supplémentaire. Il convient, en effet, de détecter le plus précocement possible les premiers foyers, pour tenter de protéger la collectivité, soit par des mesures sanitaires d’interdiction et de désinsectisation soit par des mesures médicales quand elles sont disponibles comme c’est le cas maintenant en France pour l’infection à virus West Nile.

Gageons que le RESPE jouera un rôle majeur dans ce contexte dans les prochaines années. 

(1) ENVA